C’était le matin de Noël. J’avais déballé mon cadeau la veille au soir. Un magnifique jeu de petits chevaux. Les chevaux étaient comme ceinturés par un élastique blanc sur un carton, enfin non, deux morceaux de carton, huit chevaux, quatre verts, quatre bleus, et encore huit chevaux, quatre jaunes, quatre rouges. Les dés blancs étaient toujours dans leur petit sac en plastique transparent. Cela sentait le neuf. J’avais fait comme l’inventaire du jeu en posant une à une chaque pièce du jeu hors de la boîte. En ouvrant la boîte complètement, les deux battants faisaient la piste du jeu. J’ai pris les quatre chevaux rouges, c’était ma couleur préférée, et je les ai posés sur les cases où était imprimé en vert : écurie. Puis avec les dents, je déchirai le plastique qui enveloppait les dés. Je les pris dans la main, les fit rouler entre mes doigts. Double cinq. C’est alors que je compris que je ne pouvais pas jouer tout seul. Quelle idée avait eue mes parents. M’offrir, à moi, pour Noël, un jeu de société alors que j’étais fils unique. Je repris les dés pour les remettre dans le petit sachet en plastique. Puis un à un les chevaux rouges reprirent leur place sur le carton, ceinturés de l’élastique blanc. Je refermai la boîte, la pris à deux mains et la rangeai au dessus de mon armoire. Je ne l’ai plus jamais ouverte. Elle est restée là pendant des années et je la retrouve aujourd’hui quarante ans après…