Texte écrit en atelier Aleph en juin 2011


Elles
Bullent



Un escargot traverse l’allée d’un sous-bois suivi d’une trace de mucus.
Ligne de paillettes argentées sur la terre brune, minuscule reflet des stries du ciel.
Son muscle tendre et humide s’allonge et se rétracte.
Quelques brindilles collent à sa coquille hélicoïdale
Il glisse sur les obstacles.

Nous créons des bulles de distraction qui copulent sur le fil du temps

L’île de cette femme est de creuser des livres,
activité à prendre au pied de la lettre.
Elle creuse munie d’un scalpel
non pas contondant,
car il coupe et tranche dans les feuilles couchées.
Elle creuse des livres qu’elle aime.
Elle n’y voit aucun acte de violence.
Elle colle de menus objets dans les creux.
Les pieds nus sur les tomettes
attendent la chute des mots
mais craignent la lame.
Le résultat est une géologie étrange
dont il est tentant de chercher le sens.

Nous créons des bulles de distraction qui copulent sur le fil du temps

L’île de cette femme est le clown Aucasoù, un clown né d’elle.
C’est un ange tombé du ciel, un déchu, un albatros.
Et pourtant, le clown Aucasoù lui donne des ailes.
Ensemble, ils apprivoisent un bâtiment désaffecté,
une vieille étable aux murs de chaux bosselés,
dont chaque dénivellation est un nid de poussière.
La lucarne haute est enrouée,
le loquet est rouillé,
la ficelle de lieuse est effilochée.
Le clown Aucasoù traverse les champs
de particules lumineuses en suspension.
Il appréhende l’espace avec les sens.
Il s’arrête devant une round-ball, dans le coin, oubliée.
La paille blonde est déliée, c’est une chevelure défaite.
Le clown Aucasoù explore un corps de ferme abandonné.

Nous créons des bulles de distraction qui copulent sur le fil du temps

Toutes deux ont couru jusqu’à la prairie pentue et s’y sont couchées.
Elles roulent maintenant en un corps à corps de bal musette,
parmi les boutons d’or et les pâquerettes, elle découvrent
les mottes, les bouses sèches, la terre revêche.
Elles s’épousent et épousent les anfractuosités du sol,
elles débandent les muscles, déploient la surface de contact au sol,
elles pacifient avec l’écorce terrestre,
elles fluidifient le mouvement,
elles ralentissent.
A l’approche du ruisseau,
elles sentent l’humidité de l’air et des muqueuses.
Le ruisseau est une fente
et la vie une vallée de larmes.
L’une cale séant entre deux racines
Hêtre, charme, châtaignier ou chêne
L’autre cale séant entre deux cuisses
Fort embrassée, elle trempe le bout de l’orteil
Ondes circulaires se répandent.

Nous créons des bulles de distraction qui copulent sur le fil du temps