Je suis en train, je suis à pied.
Je suis en train de marcher rue Cadet, un plein phare m’éblouit et des flocons électriques font semblant de tomber.
Je suis en train de paniquer pour la chaise bancale qui ne finira pas l’année.
Je suis en train de partir, paquebot audacieux, laboure la mer, bave l’écume.
Je suis en train de manquer, de mentir, de m’enfermer, de m’envahir, de m’engendrer, de m’enrôler, de m’en tenir, de mantille, de m’enfanter, de m’entourlouper, de m’engrosser, de m’empourprer, de m’emmêler, de m’emmener et de m’aimer, maman ! Tu m’en avais rien dit ! Qu’est ce donc ce ramdam, suis-je entrain de me demander.

Je suis en train, en avion, en fusée, en hélicoptère, gare à l’hélice, calice !
Je suis entrain de lire Aliss

Je suis en train d’hésiter, faut-il préciser qu’Aliss est écrit dans une langue qui ressemble à la mienne mais qui n’est pas tout à fait la mienne. Pantoute, on dirait bien que ça vient du Québec.
Je suis en train d’entendre le « Messie » de Handel que j’ai, en choeur, chanté là-bas, je suis assise sur mon fauteuil rouge vert jaune, j’écoute. La musique naît du silence de la ville après la tempête de neige.

Je suis en train de regarder les pantoufles crasseuses de mon frère, la pointe dans la cendre, les semelles écrasées comme un disque entre deux vertèbres.

Je suis en ravissement à un bal, sa jupe plissée tourne, la sueur donne une couleur chair à son corsage blanc. Je suis en train de servir, il me dénoue le nœud de mon tablier à frou-frou.

Je suis en train de tenter, de séduire, de jubiler, je cherche ses yeux, ce soir, je veux être amante du temps.