Je suis en train d’écouter Yanik et je m’aperçois tout à coup en l’écoutant que je me mets à me demander si ça a beaucoup d’importance de faire la différence entre ce qui reste et ce qui a disparu, les contours en sont tellement flous. Je suis en train de me poser ces questions, fondamentales au prime abord, mais je ne peux les aborder qu’avec peine, en riant tout autant qu’en pleurant, je suis en train de pleurer mais ça non plus n’a pas beaucoup d’importance. Je suis en train de me souvenir de ce vers d’Apollinaire « tu pleureras le jour où tu pleures... ». Je suis toujours en train d’écrire propos de ce qui reste et de ce qui a disparu, je me demande si je peux les séparer, à moins de pleurer encore un peu plus alors que je voudrais bien rire, c’est bien pour ça qu’on vit, pour rire et pour en rire. Je suis en train de voir un paysage où les choses qui ont disparu ont simplement reculé et perdu de leur netteté, celles qui sont restées sont bien distinctes, leurs contours sont exacts, et ce que je vois me fait plaisir. Entre elles, il y a des espaces vides qui voudraient se remplir mais il faudra toujours laisser un peu de place. Je suis en train de faire baver la théière sur le beau cahier que je me suis acheté pour la nouvelle année, parce que pour moi la nouvelle commence toujours un peu avant que l’ancienne soit tout à fait terminée, elles se chevauchent, comme ce qui est parti et ce qui est resté. Je suis en train de me dire qu’au fond, ce que j’aime, c’est de ne pas trop savoir, ou plutôt que j’aime savoir avec un peu d’imprécision, ça, voir, mais pas précisément.