écrit à "l’un dit l’élan" en octobre 2011

Ce n’était pas mon idée, jamais ne me serait venue à l’esprit l’idée de m’attabler après la déroute que nous avions essuyée, qui ne me donnait ni envie de manger, ni pas envie de manger, j’avais été projetée dans un monde où ce genre de considération n’existait plus et où la seule chose qui semblât compter était de savoir qui et où on était, après ça peu importait que les haricots fussent ou non congelés, les rillettes de canard ou d’oie, les garnitures comprises ou non dans le plat - qui veut du vin, de l’eau ? tout le monde voulait du vin, ce qui ne m’étonna pas, à condition qu’il fût bon, ce dont personne ne doutait, si loin de la capitale le vin ne peut pas être trafiqué - non madame, il est garanti sans sulfites, la patronne avait dû se douter qu’elle avait affaire à une bande de teigneux parisiens qui croyaient encore à ce que les bouseux leur disaient, oui, elle le savait bien, la patronne, qu’elle était de ces bouseux qui, de génération en génération ne prétendent à rien d’autre qu’à continuer, mais après tout qu’est-ce que j’en savais moi qui m’étais laissée entraînée par cette bande de crétins qui regardaient leurs chaussures pour ne pas montrer qu’ils avaient un peu honte, tous ne regardaient pas leurs chaussures, des tennis pour être précis, qu’ils avaient choisies exprès pour traverser la steppe – non, je me trompe, la prairie, où tranquillement paissaient des vaches qu’ils avaient décidé d’aller voir de plus près et c’était là qu’elles s’étaient retournées contre eux, tous ne regardaient pas leur chaussures, mais presque.