écrit au CREFAD octobre 2011 atelier animé par Fabienne Swiatly

Ce jour-là, comme à son habitude, mon grand-père s’était levé plus tôt que tous à la maison car il devait faire le marché et passer chez le boucher récupérer le gigot d’agneau qu’il avait commandé la semaine précédente alors que nous ne savions pas encore, mes parents, mes sœurs et moi si nous allions venir à ce repas de famille que grand-père aimait organiser et où, parce que c’était bientôt Pâques, il nous servirait un gigot d’agneau avec les flageolets qu’il avait ramassés dans son jardin quelques mois plus tôt et fait sécher dans le cellier où, quand j’étais en vacances, j’allais me réfugier les jours de pluie mais où, ce jour-là, je n’avais pas le droit d’aller parce que toute la famille serait là et qu’il ne fallait pas que je me salisse avant que nous passions à table avec les enfants - car les enfants avaient chez mon grand-père, une table pour eux, où l’oncle Georges ne pouvait se retenir de venir faire le pitre pour notre plus grand plaisir, tandis qu’à côté, les adultes avaient dressé pour eux une table avec nappe et beaux verres et je savais alors qu’oncle Paul allait boire tant et plus et que mon père, aussi, ça lui « chaufferait » les oreilles si bien qu’on n’arriverait pas au dessert, que, bien avant, le langage deviendrait grossier, que ma mère dirait à mon père d’arrêter, que Paul aurait des mots racistes et qu’une chaise volerait et je me dis maintenant que c’est peut-être pour ça que je n’aime pas le gigot d’agneau ou bien c’est peut-être pour ça que je n’aime pas les repas de famille, aujourd’hui, d’ailleurs je me demande toujours quel était le dessert que grand-père proposait, peut-être que simplement le dessert s’oubliait dans l’échauffement des esprits et que tout finissait sur les disques de Pierre Perret (qu’une tante adorait) pour que les « hommes se calment » - je crois que grand-père n’aimait pas les desserts et que la crème glacée avait déjà fondu.