écrit à L’un dit l’Élan en avril 2011

Quelqu’un reste sur place, mais change de jambe d’appui toutes les minutes, gauche, droite, gauche.
Quelqu’un hausse les épaules et continue son chemin.
Quelqu’un se perd dans la contemplation d’une épaule surdimensionnée, de couleur grise, que l’on voit par en dessous.
Quelqu’un trouve cela horrible,
Quelqu’un trouve cela magnifique,
Quelqu’un trouve cela morbide.
Quelqu’un lit en détail le dépliant avec les notes explicatives.
Quelqu’un s’étale sur la banquette et règle l’objectif de sa caméra.
Quelqu’un fait quelques pas en courant et tente de glisser sur le parquet lisse.
Quelqu’un le regarde, plein de reproche.
Quelqu’un parle dans une langue étrangère à son compagnon.
Quelqu’un porte un manteau trop chaud pour la saison.
Quelqu’un se fige pour essayer de reconstituer dans la bouche la sensation de quelqu’un qui n’a rien bu pendant des jours.
Quelqu’un s’interroge pourquoi c’est dangereux de boire de l’eau de mer.
Quelqu’un se demande si ça s’est terminé bien.
Quelqu’un sait que le pire était à venir.
Quelqu’un trouve qu’au lieu de les peindre, le peintre aurait dû les secourir.
Quelqu’un se dit que ça ne vaut pas les batailles navales – ni les batailles tout court.
Quelqu’un cherche l’Empereur.
Quelqu’un les trouve vigoureux pour des affamés.
Quelqu’un les envie pour leurs muscles.
Quelqu’un est excité par le roux.
Quelqu’un se demande l’heure qu’il est.
Quelqu’un s’inquiète pour son ticket de stationnement.
Quelqu’un trouve que neuf euros, ça fait quand même cher.
Quelqu’un se rappelle qu’il doit sortir la dorade du congélateur.
Quelqu’un veut savoir s’il y a un message politique derrière tout ça.
Quelqu’un est là par hasard, il cherchait les pharaons, mais il est terrassé par ce qu’il voit.
Quelqu’un regarde les gens.