L’U Vibratoire
écrit en 2011 suite à une proposition d’un atelier d’Aleph


Diapason mon maître
me pardonneras-tu ?
mon outrecuidance
Écrire ton éloge
Dieu ! Quelle prétention !


Je ne suis, loin de là
pas habile à la tâche
j’ai bien plus d’une gamme
à ma disposition
et pourtant diapason
mon chant sonnera moins
juste que ton son.


Unique inchangé
le même chaque jour
il suffit de frapper
certes toniquement
sur le plan de la table
où se mêlent feuillets
pour sentir dans la main
la formication
la sourde vibration
et enfin mon puissant
étalon, là, le son.


Effet exponentiel
Quatre cent quarante hertz
Une note limpide
propre à faire jouir
entends la diérèse
tous les membres de l’orchestre


Ah ! sentir dans ma main
le familier volume
le parfait équilibre
staturopondéral
le bon froid de l’alliage
et le son bel et froid
qui onde dans la fourche
du gracile instrument.


Puis glissé dans ma trousse
entre des stylos roses
des verts des noirs désargentés
des mines de papier
ici qu’ils puisent de grâce
la régularité
la fiabilité
la fréquence
cette justesse-là
qui leur fera chanter
ma sonate d’été.


Diapason mon maître
c’est vrai je le confesse
j’aime te manipuler
à dessein de mistoufle.


Pour mon amie K-rol
je te prends dans ma trousse
je te tire de ta housse
je te brandis enfin
d’avance je jubile
« Avant de prendre plume
entends le la » lui dis-je
« le la, le son du jour
car cela va sans dire
nous ne saurions partir
dans les limbes d’écrire
le mystère de l’insu
aux mille sonorités
avant d’avoir perçu
avant d’avoir ouï
le mot sphère du jour. »


Là, je te fais chanter.


Appliquée elle écoute
se recueille et s’incline
ô pouvoir
de l’U vibratoire
de l’U métallique.