Changer de lit
écrit en mars 2011 à L’un dit l’Élan

Si je change de lit ça changera pas ma vie, elle reviendra pas, c’était pas le matelas, c’était moi qu’elle pouvait plus voir ; les mêmes gestes, les mêmes caresses, ça use le mental, le sommier aussi.
Tu me prends pour un Shadock à insister pour me vendre ton matelas « état comme neuf », je t’ai dit qu’elle reviendra pas.
Elle a filé vers d’autres draps frais, une peau neuve à découvrir, le lit comme un champ de désirs, dans l’oubli de moi et de nos étreintes passées.
Tu sais qu’à mon âge je me cache encore pour pleurer, elle me le reprochait assez de pas pleurer, si elle me voyait maintenant, les larmes n’arrêtent pas.
Quoi les autres filles quelles autres filles, je te parle d’elle, elle seulement.
Je marche dans la nuit en me tordant les mains et en parlant tout seul, les passants me regardent.
Je ne trouve pas le sommeil, je voudrais que le maître des songes s’il existe, m’envoie un sommeil lame de fond et l’amnésie d’une nuit sans cauchemars, pour affronter le jour un peu plus.
Tu te souviens quand on était jeunes, je disais toujours je pèche et j’aime ça, plus de désir dans ma carcasse, vie sans couleurs, fade, suite interminable de jours sans éclat, elle a emporté toute la lumière.
Je me serre dans mes bras quand ça fait trop mal pour bercer ma peine, le manque atroce d’elle.
Elle m’a laissé dans l’affamement.