écrit à l’IRTS de Rennes en mars 2011

Je vis l’inspiration que prit chaque athlète avant de se jeter dans l’épreuve

Je vis une balle sortir d’un fusil et chercher la chair qu’elle allait meurtrir

Je vis la terre grasse qui s’ouvre sous la bêche et le peuple souterrain qu’elle met à jour, un ver tranché par le milieu qui ondule une métaphore de la douleur

Je vis un livre de Desnos ouvert sur une table de bistrot en terrasse à côté d’un cendrier contenant trois mégots écrasés de la même main

Je vis les cheveux blancs de ma mère apparaître un à un et chacune de ses rides se creuser

Je vis mon corps ouvert sur une table d’autopsie et mes viscères pesés, analysés

Je vis un coquelicot se défaire de sa cosse verte et défroisser sa robe rouge au vent

Je vis à Villiers le Bel l’espace se déchirer d’une nouvelle autoroute

Je vis un Asiatique en short et tee-shirt courir pieds nus devant un homme armé, s’engouffrer par la porte arrière d’une Mercedes qui disparut dans un crissement de pneu

Je vis le métal des fers s’enfoncer dans la peau

Je vis le chemin apparemment aléatoire que parcourt inlassablement une abeille de la ruche à la fleur, de la fleur à la ruche

Je vis un post-it rose sur une porte de frigo avec dessus l’inscription « actualisation à pôle emploi »

Je vis une tache de moisissure blanc verdâtre à la surface d’une confiture de mûres

Je vis la pyramide de tous les téléphones portables achetés puis jetés

Je vis le drapeau états-unien planté sur la lune et tous les écrans noirs et blancs diffusant cette image à l’envi