Nous écrivons avec des mots, malgré nous « rangés », souvent, dans des cases univoques. Le mot perd alors la liberté de provoquer l’imprévu, la capacité de dévier le cours de la phrase, de se détacher de l’idée, de l’idéologie, dirait peut-être Gherasim Luca. Ce poète né en 1913 à Bucarest, choisit l’ « exil physique et linguistique », afin de répudier les mots et la syntaxe qui, pour lui, ont structuré un inconscient collectif coupable des plus innommables atrocités. Il prend le parti d’écrire en français pour en finir avec l’ordre naturel, héréditaire des discours, en finir avec l’ordre tout court. Il a la conviction que son pays, c’est son corps. Son identité, c’est sa voix. Il prône une poétique qui ne peut être séparée de son expression orale. « Je m’oralise »

Extrait de Héros-limite

« La mort, la mort folle, la morphologie de la méta, de la métamort, de la métamorphose ou la vie, la vie vit, la vie-vice, la vivisection de la vie » étonne, étonne et et et est un nom, un nombre de chaises, un nombre de 16 aubes et jets, de 16 objets contre, contre la, contre la mort ou, pour mieux dire, pour la mort de la mort ou pour contre, contre, contrôlez la, oui c’est mon avis, contre la, oui contre la vie sept, c’est à , c’est à dire pour, pour une vie dans vidant, vidant, dans le vidant vide et vidé, la vie dans, dans , pour une vie dans la vie.

Proposition d’écriture : Choisir deux mots, l’un, le plus éloigné de soi, l’autre le plus proche de soi. Glisser, céder composer, poser con, conspirer, aspirer, pire et ass, pire et pet, piré périnée, seriner, se ruiner en pépé, en bébé, en bébégaiement, en papagayant d’une rive à l’autre.