Propositions de texte

Cette proposition vise à réfléchir sur ce qui permet de passer du monologue au dialogue, mais aussi d’une écriture spontanée, automatique, à une écriture consciente et construite.
Dans un premier temps les participants sont invités à un jeu, voisin du cadavre exquis. Il s’agit de produire cinq phrases commençant par « Qu’est-ce que… » et cinq phrases commençant par « C’est », n’ayant pas de relation les unes avec les autres. L’écriture automatique est privilégiée. L’un des participants lit ensuite son premier « Qu’est-ce que… », et son voisin lui répond avec son premier « C’est », avant de livrer à son tour son premier « Qu’est-ce que… » auquel répondra le premier « C’est » de son voisin, etc. L’animatrice prend en note toutes les paires.
Une fois que toutes les propositions ont été livrées, l’animatrice les relit lentement et chacun choisit une paire. Les participants sont alors invités à quitter la table et à évoluer dans l’espace avec leur phrase. Ils la travaillent oralement, la prolongent, la dérivent, chacun pour soi, en marchant dans la pièce. L’animatrice donne des instructions au fur et à mesure : accélérer ou ralentir la marche, effectuer tel ou tel mouvement, éventuellement aller au sol où chacun reste un moment avec sa phrase et ses dérivations. Il est important de pas s’hypnotiser avec la phrase, mais de pouvoir y revenir en cas de blocage. À un moment, l’animatrice leur demande de sortir un peu d’eux-mêmes et d’adresser leur phrase à l’autre.
Enfin chacun revient à la table et note, sans réfléchir, ce qui lui reste de l’exercice. Là encore, on reste dans quelque chose de libre et de spontané. (Il est recommandé de faire la pause à ce moment-là.) Il est ensuite demandé aux participants d’écrire un texte à la première personne à partir des notes prises à l’étape suivante. Une seule contrainte : penser que ce texte est adressé (c’est un monologue et non un soliloque). Par ailleurs, il s’agit cette fois de construire sa pensée et son écriture, de la rendre consciente et donc concise (le temps donné est en effet assez court : 30 minutes).
Les textes sont lus à haute voix.
La dernière, et la plus féconde, étape de la proposition consiste à transformer son texte en dialogue. Tout est alors permis, ajouter, retrancher des parties de texte. Néanmoins l’intérêt de l’exercice est de voir ce qui change réellement dans ce passage de l’adresse in absentia à l’adresse in praesentia avec réponse de l’autre. Si le temps le permet, on essaiera de prendre celui de mettre au propre afin de permettre une mise en voix du texte à deux (ou plus, dans le cas d’un polylogue). On constate notamment que l’obligation de différencier les voix apporte beaucoup de concret à l’écriture, en introduisant la notion de personnage et de présence. Il faut en effet se méfier des faux dialogues, où la même voix est répartie arbitrairement entre deux prétendus personnages dont la différence n’est pas audible (c’est pourquoi on encouragera les participants à lire à deux ou plus).